Publier son livre via Amazon – les étapes techniques

SOLUBLES est disponible via les plateformes d’autoédition d’Amazon : Createspace et Kindle Publishing.
Voici comment j’ai procédé, ça pourra peut-être vous aider :

 

1- Écrire quelque chose (oui, c’est mieux. Un livre de pages blanches, c’est un poil inutile).

Ça m’a juste pris 10 ans ! Disons que j’ai été lent. Ce sont 10 Nouvelles représentatives de l’évolution de mon travail. Une sorte de synthèse de mon apprentissage de l’écriture.

J’ai rédigé ces nouvelles dans Libre Office.

J’ai essayé de soigner ma mise en page. Pour moi les sauts de ligne, les paragraphes, les espacements, les retraits… contribuent à la « mise en scène » de l’histoire, influencent le rythme et la façon de découvrir les éléments de l’histoire. La mise en page fait aussi partie du style de l’auteur et influence la façon de lire.

J’ai fait des recherches sur internet pour savoir comment se présente un dialogue, comment on gère les espaces dans la ponctuation, etc. Il y a parfois des théories contradictoires. Alors, j’ai aussi recoupé ces infos en farfouillant dans mes livres, tout simplement. Il suffit d’analyser la mise en page de quelques romans pour voir comment les textes sont présentés en général. J’ai fait un choix parmi les variantes et je m’y suis tenu de la première à la dernière page. Je vous laisse juge du résultat final mais je vous conseille d’être attentif à ce point, de faire votre choix et d’en faire votre marque de fabrique.

Il faut faire vérifier l’orthographe de son œuvre par des gens doués dans le domaine. J’ai un peu bâclé cette étape, si pressé de publier, argh. Je suis nul en orthographe, c’est ainsi, ça fait longtemps que je n’en n’ai plus honte mais je peste tout de même souvent contre moi-même. Beaucoup de fautes sont restées dans SOLUBLES et les commentaires à ce propos n’ont pas manqués d’arriver très vite. Pour certains lecteurs, ça n’a pas beaucoup d’importance. Pour d’autres, c’est primordial. Les fautes attirent leur attention et les sortent complètement du récit. Ils sont alors incapables de juger si l’auteur est brillant ou exécrable, si l’histoire est bonne ou mauvaise. Ils ne voient que les fautes. Une version 2 de mon recueil est en relecture pour régler ce problème mais je vous invite à garder votre sang froid et à attendre d’avoir un texte sans fautes avant de publier. Histoire de vous éviter quelques moments gênants.

 

2- Créer une couverture.

Je l’ai créé à partir d’une photo qui m’appartient. Je n’avais pas besoin  d’acheter des droits. C’est plus simple et évidemment moins coûteux. Mais il existe de nombreuses bases de données photos où vous trouverez forcément votre bonheur. Pour le visuel en général, je ne suis pas graphiste et ça m’a pris du temps, là aussi, pour décider du look que je voulais. J’ai exploré pas mal de techniques et suis passé par plein de phases et plusieurs brouillons. Au final, j’ai tranché pour ce modèle avec un à plat de couleur assez vif et une police sobre.

J’ai utilisé Photoshop, que je maîtrise un peu, en m’aidant du gabarit fournit par Createspace, sur cette PAGE.
Vous choisissez la taille de votre livre (SOLUBLES est en 5 x 8) et renseignez le nombre de pages. Createspace vous fournit un gabarit (template). Vous pourrez alors visualiser les « frontières » de votre couverture et créer votre œuvre à l’intérieur de ces limites. Une fois votre couverture achevée, il faut la sauver en PDF (dans Photoshop = Fichier/enregistrer sous/choisir l’extension PDF). C’est une étape compliquée si on ne maîtrise pas un logiciel d’édition. Si nécessaire, offrez-vous les services d’un graphiste. La couverture doit être attrayante et pro.

 

3- Transformer son ODT en PDF

Pour la version papier, j’ai simplement sauvegarder mon fichier ODT (extension de Libre Office) en PDF (Fichier/exporter au format PDF). Après avoir vérifier que la conversion était réussie et que toutes les pages étaient identiques au format original, j’ai pu envoyer mes PDF (contenu et couverture).
Createspace met quelques heures pour vérifier tout ça. Au besoin, il feront quelques ajustements. Ensuite, il faut bien vérifier l’objet final avec l’outil de prévisualisation fournit en ligne. C’est indispensable. De mon côté, j’ai aussi commandé un exemplaire « Proof » afin de voir à quoi ressemblait l’impression finale : la texture du papier, de la couverture, la prise en main, etc.
Ce Proof a mis quelques jours pour arriver. On est forcément assez impatient et ce moment semble très long.

 

4- Transformer son ODT en Epub

Pour la version Kindle, il faut transformer son fichier au format Epub. Je l’ai d’abord fait à partir de mon pdf et le résultat s’est révélé catastrophique. La mise en page était décalée et bien pourrie. Heureusement, j’ai trouvé ce SUPER LIEN en ligne. Une procédure simple et miraculeuse. Je remercie énormément les auteurs de ce tutoriel, bravo pour votre boulot.

 

5- Lier le Livre papier et le Kindle book

Si cela n’est pas fait automatiquement au bout de quelques jours, il faut simplement envoyer un mail via la rubrique help du Kindle publishing. Quelques mots succincts pour les inviter à lier les deux formats.

Au bout de quelques jours aussi, l’onglet « feuilleter » apparaîtra sur votre livre pour permettre aux lecteurs d’avoir un aperçu.

 

Voilà, dans l’ensemble, tout ça est assez « simple » même si cela exige du travail et pas mal de patience. Ne vous découragez pas et ne soyez pas trop pressé. Publier un contenu de qualité et bien présenté vous évitera pas mal de remarques et surtout pas mal de travail supplémentaire en aval. Dites-vous qu’une fois que c’est fait, c’est fait ! Votre livre existera pour des années. Les quelques semaines d’attente et de boulot en amont ne représentent finalement plus grand chose par rapport à la satisfaction de voir que sa création est désormais disponible à la lecture, que cet objet est beau et fait votre fierté. Il faut aussi 9 mois pour faire un bébé ;o)

Votre livre à vous, dans votre bibliothèque, ben, faut le reconnaître : ça le fait !

Solubles – Sortie officielle !

Ça y est ! SOLUBLES, mon premier recueil est disponible.

Je ne suis pas un bourreau de travail. Je me rassure en me disant que j’ai vraiment plein de choses à faire, que mes passions sont nombreuses et m’accaparent, que mon boulot et ma vie en générale me demandent de l’énergie, grignotent mon temps… mais en vérité, je suis juste probablement mal organisé et fainéant sur les bords (et au centre aussi d’ailleurs).

couverture-faceEcrire une nouvelle, ça ne représente pas un temps de travail énorme. Laisser mûrir les idées, réfléchir à la structure, malaxer les éléments, ça peut prendre des mois mais le temps de l’écriture proprement dit est bref. Pour une nouvelle d’une dizaine de pages, il faut une journée pour le premier jet et disons une semaine pour peaufiner et corriger, puis une seconde semaine pour laisser reposer et faire les derniers ajustements.

En gros, cela prend donc deux semaines… Il m’aura fallu 10 ans pour faire ce recueil ! (J’éclate de rire tout seul. C’est tellement ridicule).

Bien sûr, j’ai écrit d’autres nouvelles qui ne sont pas dans ce recueil. J’ai écrit des scénarii, deux romans, etc. Bien sûr… mais tout de même. Si je m’organisais, si j’étais assidu et courageux, je pourrais sortir un recueil de ce type tous les 6 mois. Ça se serait un vrai challenge sympa.

Bon, basta les lamentations. Solubles est là et j’en suis assez fier. L’objet est joli et les textes représentent bien mes 10 années d’exploration dans le domaine des textes courts. Cela fait aussi bientôt 8 ans que je donne des ateliers d’écriture et il était temps de publier ce premier « récapitulatif », cette sorte de synthèse de mon travail, de mon style et de mon imaginaire.

J’espère que cela vous plaira ou, du moins, que cela ne vous laissera pas indifférent. Que vous laisserez quelques critiques, bonnes ou mauvaises, sur Amazon.

Bonne lecture!

 

 

 

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La guerre du format du livre?

ipadbrule

Dans le fond, être amoureux de l’objet-livre, ce n’est pas aimer les auteurs mais les imprimeurs.

Je commence avec une phrase qui va en agacer plus d’un, je sais. C’est mon côté polémiste à deux balles. La vérité, c’est que je suis moi aussi fou des livres. Je pourrais vivre dans une maison dont tous les murs sont couverts de bibliothèques débordantes. Je pourrais prendre des bains de livres. Je pourrais manger des livres. Je pourrais m’habiller en livre. Euh, est-ce que j’en fait trop? Je tenais juste à préciser mon amour de l’objet avant de me faire lapider par les fanatiques du papier. Suis comme vous! Mais, à bien y réfléchir, et malgré cet amour « inconditionnel », je me dis que je ne tiens pourtant pas à mener un combat contre le livre numérique, au contraire.

Puisque vous le réclamez tant (ehm ehm), je vais vous faire part des réflexions qui m’ont mené à cette conclusion.

La passion de la littérature se résume-t-elle à l’objet-livre?

J’ai l’impression que la réponse est évidente mais je creuse un peu. Si ma passion du livre se résume à son esthétique, alors pourquoi ne pas collectionner des livres vides, avec de superbes couvertures mais remplis de pages blanches? Pourquoi ne pas dessiner de fausses bibliothèques en trompe-l’œil sur les murs de nos domiciles? La seule apparence réduit clairement mon rapport au livre. Alors, allons plus loin. Disons que si j’aime l’objet-livre, c’est parce qu’il stimule mes sens. J’aime beaucoup trifouiller les bouquins par exemple. J’aime aussi les sentir (que celui qui n’a jamais humé un livre me jette la première pierre). Si je ferme les yeux, je peux facilement réveiller le souvenir olfactif des Jules Verne poussiéreux de la bibliothèque communale de mon enfance.
Le touché, l’odeur, la vue, forment forcément notre premier rapport au livre mais j’imagine que cette connexion « sensible » varie selon les gens. De nombreuses personnes n’ont probablement pas de rapport « charnel » au livre par exemple. Dès lors, ce lien primaire, immédiat, sensitif ne constitue jamais qu’un bonus agréable mais dispensable qui peut multiplier mon plaisir sans jamais en être la source réelle. Un peu comme une belle présentation pour un plat dans un restaurant. Elle va m’allécher, accentuer mon désir, éveiller mes papilles, mais c’est le goût qui déterminera ma satisfaction finale. Le plat le plus dégueu du monde le restera même si sa présentation est remarquable. De la même manière, on aimera jamais un livre écrit avec les pieds, même s’il est hyper beau ou s’il sent terriblement bon. A l’inverse, il me semble qu’on peut tout à fait adorer un livre franchement moche mais dont l’histoire est palpitante. Sans doute mon plaisir aurait-il encore été plus abouti, plus complet, si ce livre avait été sympa à regarder mais mon impression finale n’est liée qu’a son contenu. Je ne peux donc que constater que mon émotion face au livre transcende sa matérialité d’objet.

Le pouvoir évocateur du livre?

Au-delà de l’apparence et des sens, la seconde connexion qui me relie au livre est me semble-t-il totalement culturelle. L’objet-livre met en branle une mécanique en moi, des réactions chimiques complexes, probablement du même ordre que celles que je subis devant un cadeau d’anniversaire ou face au four quand y mijote une merveilleuse lasagne. Le livre est un trésor prêt à se dévoiler, une promesse de plaisir, l’évocation puissante d’un futur moment en dehors de la réalité. Ce pouvoir évocateur est purement culturel car il est le résultat d’une habitude d’usage et de consommation, d’une expérience, d’une histoire. Les sociétés qui ne connaissent pas ou peu le livre ont forcément un rapport très différent avec l’objet. Notre société a été marquée par la révolution de l’imprimerie qui nous a en quelque sorte libérée des temps obscures. A ce titre, le livre revêt pour nous un caractère sacré, même inconscient, car nous avons été élevé dans le culte du livre, graal du savoir, brique de notre société. L’histoire aurait pourtant très bien pu prendre d’autres directions. Je pense aux sociétés basées sur la transmission orale par exemple. Mais on pourrait aussi imaginer que si l’imprimerie n’avait pas vu le jour, on aurait utilisé d’autres méthodes de transmission du savoir qu’on aurait probablement tout autant admirées.

La lecture, pas le livre?

Puisque 1- Je ne vais pas tripoter le livre ou le sentir pendant des heures (appelez la police si vous me chopez dans une telle position) ; et que 2- Le lien positif et excitant que je noue, même inconsciemment, entre l’objet-livre sacralisé (je n’aime pas les choses sacrées. J’ai l’impression qu’elles diminuent ma liberté) et son contenu, est uniquement dû à mon expérience, à mes usages culturels et à mes habitudes de consommation… Alors je ne peux que constater que ce n’est pas l’objet en tant que telle qui m’apporte satisfaction, mais bien la pratique qui se cache derrière l’utilisation de l’objet. Et cette pratique, c’est la lecture!

La lecture n’est pas liée au médium. Elle peut voyager d’un médium à l’autre. Cela signifie pour moi, que malgré mon amour de l’objet-livre, je dois admettre que son rôle est mineur. C’est la lecture qui me passionne. Les histoires et les mots que des auteurs ont manipulé pour en faire une expérience à partager. Le livre multiplie mon plaisir mais n’en est pas à l’origine. Seule la lecture en est le carburant réel.

Conclusion

Dans un article précédent, je parlais d’un fétichisme de base lié à quelques troubles familiaux, histoire de faire un bon mot. Je n’ai pas de troubles familiaux (enfin, j’espère) mais je ne peux pas nier qu’il y a tout de même, dans cet amour de l’objet, un côté fétichiste indéniable au sens premier du terme, c’est à dire que l’adoration de l’objet est telle qu’il en devient sacré. A l’heure du livre numérique, peut-être qu’il est temps de s’interroger sur nos usages, sur nos habitudes. Peut-être qu’au lieu d’être alarmistes, on peut s’ouvrir aux changements. Il ne faut pas juger un livre par sa couverture. Si, comme moi, vous adhérez à ce dicton populaire, alors il faut reconnaître que cette guerre du format (papier, électronique) n’a pas beaucoup de sens.

Tous les formats ont leurs avantages et leurs inconvénients. On dit que la lecture sur papier permet une meilleure compréhension du texte. La lecture sur tablette permet de lire dans le noir et de stocker des centaines de livres dans sa poche. Chacun trouvera donc dans le médium des atouts qui conviennent à sa façon de lire et je me dis que ce n’est pas si mal d’élargir nos libertés d’usages et de pratique de la lecture.

Beaucoup de personnes rejettent en bloc le développement de la littérature numérique. Je ne comprends pas trop pourquoi. Rejeter, c’est forcément exclure et discriminer. Pour moi, toutes les formes de la lecture sont les bienvenues. Ce qui importe, c’est que l’une n’éclipse pas l’autre. J’espère qu’il y aura toujours des livres, c’est un objet merveilleux, mais Ils ne sont pas plus « légitimes » que les autres moyens de lecture. Y-a-t-il un risque de disparition du livre-objet? Je n’en sais rien. Qui le sait d’ailleurs. Si on me démontrait que c’est le cas, alors je participerais au combat, mais j’ai la vague intuition que cela n’arrivera pas. Le livre numérique et le livre-objet vont probablement coexister pendant encore quelques siècles.

Chacun est libre de lire comme il l’entend. Sur des papyrus, sur des pierres tombales, sur du papier, sur une liseuse électronique. Un auteur talentueux le restera, qu’il écrive dans de luxueuse éditions papier ou sur le mur des toilettes.

Le droit de ne pas finir un livre

Lorsque, avec des amis (en tout cas, avec des gens qui acceptent de me parler, c’est déjà pas mal), nous discutons de nos lectures, de nos derniers coups de cœur ou de nos derniers coups de gueule, j’ai remarqué que nous avions régulièrement un avis divergent sur un aspect précis de la lecture. Je revendique le droit de ne pas « continuer » un livre qui me déplaît et je me heurte souvent au courroux de mon interlocuteur dont l’opinion consiste à dire, en résumé, « non, faut toujours aller jusqu’au bout! ».

Il y a donc deux écoles. Ça m’intéresse de creuser pourquoi. Je vous donne mon point de vue. Si vous voulez me donner le vôtre, ça m’intéresse beaucoup.

Les irréductibles de la lecture au « finish du the end de la fin du terminus » dégainent à peu près toujours les mêmes arguments.
Le premier, le plus pervers, car il flirte allègrement avec le principe (toujours très agréable) de la culpabilisation, invoque l’inattaquable « respect du travail d’autrui ».  En voilà du bel argument, scintillant de mille feux et solide comme un calcul rénale. Ne pas lire jusqu’au bout reviendrait en quelque sorte, toute proportion gardée, à cracher à la figure du malheureux auteur qui s’est cassé les ongles sur le clavier de son Underwood ou de son Olivetti (ou plus vraisemblablement de son Samsung/Apple/Vaïo) ; qui s’est démoli l’occiput pour pondre une histoire « qu’elle est trop de la balle! » ; qui s’est froissé le coccyx en bossant comme un forcené, l’arrière train vissé sur des sièges trop rugueux. Mes arguments : vu sa souffrance, on peut se dire qu’un crachat de plus ou de moins ne lui fera pas bien mal, voir, ça pourrait le rafraîchir un peu après ce terrible labeur de bête de somme. Est-ce que le travail d’autrui mérite toujours un respect aveugle? Parce que parfois, le travail, il peut être bâclé non? Parce que parfois, le travail, il peut un peu ressembler à du foutage de gueule, non? Parce que parfois, le travail, il s’apparente à une torture de Viêt-cong, non?

Le second argument consiste à mettre en doute la « passion du livre » du lecteur dissident. Dans une cour de récré, ça donnerait à peu près ça : « tu lis pas jusqu’au bout toi? Pf, t’es trop pas un bon lecteur! Na. ». Cet argument vole à peu près aussi haut que les réflexions philosophiques de Nabila. Quel rapport peut-il bien y avoir entre l’amour des livres et la torture d’une lecture désastreuse? Je me le demande toujours. J’imagine que ceux qui sont animés par une telle passion des livres dévorent dès lors tout ce qui leur passe sous les yeux avec autant de plaisir et d’adulation. Ils ont du se régaler en lisant le dernier roman de Massimo Gargia ou la biographie de Justin Bieber.

Enfin, dernier argument, moins assumé mais souvent sous-entendu : la question de l’amortissement budgétaire ou, pour faire simple : « l’argument du radin ». Une fois le livre acheté – après une mûre réflexion basée sur des choses très, très, puissantes telles que la beauté des couleurs de la photo de couverture, la force narrative des trois lignes du quatrième de couverture, ou le conseil d’achat trop pertinent d’un autre romancier apprécié (édité, mais c’est un détail, dans la même maison d’édition) -, on se retrouve avec un chouette objet qu’il faut « amortir ». On n’a pas clashé 20 euros pour rien. L’investissement doit être au moins égal à la durée de la lecture et au plaisir ressenti. Faut aller jusqu’au bout, coûte que coûte, vu ce que ça coûte (rime riche). Cet argument étrange marche d’ailleurs pour tout ce qui est consommation en général. Avez-vous remarqué comme il est difficile d’avouer qu’on a fait un mauvais achat? Comme si cela remettait en cause notre discernement ou notre célèbre « don des affaires ». Quand on sort du flouze, c’est jamais pour une bouse (rime presque riche). Mon argument : lire n’est pas forcément un acte onéreux. Bien sûr, les belles éditions avec des polices de caractère qui ne piquent pas les yeux peuvent atteindre des prix qui vous priveront d’un repas chaud pendant quelques jours, mais fort heureusement, les livres ne se limitent pas à ça. On a par exemple inventé un truc pas trop mal fait qui s’appelle « bibliothèque publique ». Mais il y aussi les brocantes, les secondes main, les livres numériques et ce genre de choses qui permettent de se forger une année littéraire pour le prix de deux tickets de cinéma 3D au Kinépolis du coin.

Donc… Allez jusqu’au bout d’un livre comme principe de vie basée sur le respect du travail et sur la passion. Oui, oui, pourquoi pas, c’est une philosophie assez répandue (tiens, par exemple, dans les épisodes de « la petite maison dans la prairie » ou dans les mémoires de Mireille Mathieu) qui mérite toute notre attention. Mais dès lors, j’imagine qu’il faut appliquer cette vision du monde à tout. J’espère notamment que les « jusqu’au-boutistes » finissent la bouteille de lait tournée, se régale des pâtes non salée à la sauce Nutella de tata Jeanne, et écoute sans défaillir la dernière présentation d’une durée de 8h des vacances de la famille Piche, avec diapos photos et films souvenirs réalisés au téléphone.
Perso, je me sens rempli de bonnes intentions et d’amour fraternel envers à peu près tout le monde (ben si, j’le jure), mais je ne vis pas dans l’étable magique et toute rose du petit poney arc-en-ciel non plus. Je revendique le droit de sortir d’une salle de cinéma quand le film est un navet, de quitter une conférence quand l’intervenant tiens des propos idiots ou autocratiques, de ne pas manger le plat dégueulasse que le restaurateur me présente comme son oeuvre ultime, etc.

Ne pas finir un bouquin pourri, c’est faire honneur aux livres, car si tout était digne d’être lu avec la même passion,  la littérature serait réduite à un grand bouillon insipide, et par la même n’existerait plus vraiment.

Ne pas finir un livre, un film, une conférence, un plat, c’est assumer ses goûts, ses opinions, sa particularité en tant qu’individu lisant, regardant et goûtant! Bien sûr, il faut laisser sa chance au produit. Des débuts laborieux peuvent aboutir à des chef d’œuvres, c’est entendu. Et, bien sûr, estimer la « qualité » d’un livre est une affaire de subjectivité liée à l’expérience et aux émotions. Probablement, je l’admets, suis-je trop difficile. Je suis d’ailleurs persuadé que tous les styles et toutes les histoires peuvent trouver leurs lecteurs, qu’ils soient des millions ou une poignée. Tous les goûts sont dans la nature. Mais revendiquer l’obligation de finir un livre comme étant une loi inviolable me parait un tantinet autoritaire.

Quand au détour d’une conversation, on me lancera un regard inquisiteur parce que j’ai eu le malheur de dire « oh, ce livre, j’lai pas fini », je devrais à nouveau justifier mon hérésie. Ça ne me dérange pas, j’aime partager des opinions. Mais par pitié, lisons des livres plein, plein, plein, mais qu’on ne m’oblige pas à finir cette sombre fiente qui me prive d’un temps précieux que je pourrais consacrer à une autre lecture bien plus enrichissante.