FREDERIC MULLER - AUTEUR

Non mais quel genre alors!

quel genre

Quel est votre genre préféré?

Les fans de poésie ou de théâtre ne m’en voudront pas, enfin je crois (avec ces hooligans, on ne sait jamais ;)), si je ne fais référence ici qu’aux catégories communément admises de la littérature romanesque.
Si ça vous tente, vous pouvez vous frotter à cette question « très difficile » (toute proportion gardée, y a pas mort de chihuahua non plus) en répondant au sondage qui se trouve en bas/à droite du site.

Perso, je me pose cette question parce que je culpabilise parfois (enfin, pas tant que ça non plus) d’avoir des goûts à ce point mal définis. Ca doit venir de mes lointaines origines teutonnes. Ce besoin vital de classer et de structurer les choses de manière précise, qui se trouve soudain confronté à mon indécision littéraire. L’envie aussi, sans doute, de devenir membre d’un club un peu « sélect ». Il y a les aficionados de la série noire, les adorateurs de l’auto-fiction, les frénétiques du roman historique, les fanatiques de la S-F, les passionnés de l’étude de mœurs… Et puis il y a ceux qui ne jurent que par tel ou tel éditeur ou qui ne lisent que les lauréats des grands concours, etc. Ces adulateurs ont leurs sites dédiés, leurs forums, leurs signes de reconnaissances (si si). Ils forment une fraternité littéraire solide! Je ne me sens pas réellement fanatique de quoi que ce soit. Je fais partie du clan des mous ou quoi? Ca me chiffonne. Suis humain, merde, la fraternité, ça me tente! Je DOIS faire partie d’une bande, c’est dans ma nature… Hé, mais attendez! (une ampoule s’allume au-dessus de ma tête) En fait, je fais un peu partie d’un groupe quand même (mode auto-réconfort : ON)… J’ai une tendance au « mauvais genre » (policier, s-f, fantastique, etc.). Suffit que je jette un coup d’oeil vers ma biblio pour me rendre compte que statistiquement, je penche légèrement (mais dangereusement) du mauvais côté de la route, yeah! Ok, je ne suis pas officiellement membre d’une communauté mais les sites où je traîne ont quand même une fâcheuse tendance à se rouler dans la fange du polar ou dans les espaces infinis de la science-fiction.
Ben voilà, je l’ai ma bande! Je suis mauvais genre! Oh purée ça le fait. Tout à coup j’existe. J’ai envie de mettre un pantalon en cuir tiens.
En plus, comme le mauvais genre est « discriminé » par une partie des bien-pensants, ça renforce mon sentiment d’appartenance. Suis un rebelle de la société nom de dieu (moi et quelques millions d’autres). Parce que ce mauvais genre, aussi parfois appelé paralittérature (comme si ça n’en était donc pas vraiment une), n’existe que parce qu’on l’oppose à quelque chose, en l’occurrence : au « bon genre », que l’on nomme plus volontiers littérature blanche (pure?) – le terme « genre » étant synonyme de « populaire ». Et dans la culture française, le populaire, ben, euh, ça fait mauvais genre (cqfd). Par la forme ou par les thèmes qu’elle aborde, cette prose « admise » endosserait le statut de « vraie » littérature. Le mauvais genre, c’est pour les prolos et les lecteurs du dimanche.
Me voilà donc rassuré. Je fais bien partie d’une catégorie, ouf! En plus, pas n’importe laquelle. Un catégorie d’opposition qui a de l’allure et qui sent la sueur. De quoi flatter le James Dean en moi…

… En même temps… Euh… le mauvais genre, dans le fond, c’est encore vachement large… et puis je ne lis pas que ça non plus… (mode auto-réconfort : OFF). En fait, je mange un peu à tous les râteliers (retour à la case départ, ampoule qui s’éteint). Je ne suis pas un rebelle (dommage), mais plutôt un égaré.

Ne pas parvenir à dessiner des frontières précises procure parfois un sentiment d’inconfort, c’est ainsi, mais l’indécision apporte aussi un sentiment de liberté réjouissant (mode enthousiasme : ON). L’indécision ouvre les portes, en tout cas n’en ferme aucune. En fait, dans le fond, j’aime ce que j’aime! Ca ne veut peut-être rien dire pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. Même si j’ai une propension naturelle à apprécier le mauvais genre, les seules réelles barrières que je me fixe sont celles des émotions et des sensations de lecture. Qu’importe le genre! Qu’importe la couleur de la littérature, blanche, noire, rose, bleue… seul le plaisir compte! (mode enthousiasme : ON, for ever!).

Alors pourquoi écrire ce billet qui tourne en rond en fait? (Me direz-vous, perspicace). Tout simplement parce que les gue-guerres de genres littéraires me fatiguent. Parce que les gens qui créent des catégories m’énervent. Parce que ceux qui pensent qu’il existe une littérature légitime et une littérature de cave m’exaspèrent. Parce que ceux qui posent des frontières entre les mots n’ont sans doute rien compris au plaisir de la diversité culturelle. Parce que ceux qui imposent des règles idiotes n’ont probablement pas l’amour des histoires, d’où qu’elles viennent et quelles qu’elles soient. Et vous, les barrières, ça vous énerve?

Et pour prolonger sur le sujet, pourquoi ne pas lire ce petit interview de Michel Dufranne, mon chroniqueur préféré, le Hugues Dayez de la littérature « mauvais genre »!
Interview Michel Dufranne

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